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Sous emprise : la violence en partage

Dernière mise à jour : 20 nov. 2025


De l'affaire Pélicot aux féminicides quotidiens, du mouvement MeToo aux révélations croissantes d'incestes et agressions sexuelles sur des enfants, des tragédies familiales de violences physiques comme psychiques (alcoolisme, insultes, coups), des témoignages de viols conjugaux, de menaces récurrentes, adossés à des promesses vers de nouvelles formes de dépendance affective : la violence s'immisce dans toutes les sphères relationnelles - professionnelles, personnelles et cyber -, alimentée par un processus d'emprise, dont le pervers narcissique constitue la figure emblématique. L'emprise, être pris par l'autre, vivre sous son influence, être relégué-e au rôle et au statut d'objet, est une mécanique, qui se met en place petit à petit, en toute discrétion, à l'insu de tous, à commencer par celles et ceux qui s'en trouvent victimes, tout comme parfois de leur entourage.

Emprise, quand tu nous tiens...

L'emprise, être pris par l'autre, sous son influence, relégué ainsi au rôle et au statut d'objet, est un processus, une mécanique, qui se met en place petit à petit, en toute discrétion, à l'insu de tous, des victimes comme parfois de leur entourage.

  1. C'est quoi l'emprise ?


La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, dans sa chronique philo publiée dans le journal l'Humanité en avril 2021, parle de "Systèmes d'emprise" et explique précisément comment ce processus subtile opère et comment certaines personnes s'y retrouvent coincées, enfermées, violentées.



  1. Pourquoi moi ?


L'emprise, c'est un peu la partie émergée de l'iceberg car quand on parle d'emprise, on parle surtout et d'abord de violence. La relation à l'autre est impossible sans menace, rapport de force, domination, humiliation, soumission. La relation amoureuse, amicale, familiale, professionnelle est teintée en permanence de violence, cachée dans le moindre échange verbal, dans le plus petit geste du quotidien. La violence devient normalisée, elle est constitutive du rapport à l'autre, elle ne peut se faire sans elle. Alors, pourquoi moi ? Chaque histoire est singulière, il est toujours difficile de répondre sans tomber dans la facilité de la généralisation ou de la justification. Il est évident que si la violence fait partie de l'héritage familial - on parle alors de transgénérationnel ou d'intergénérationnel -, elle est déjà usuelle puisqu'elle a toujours été là, avant même notre venue au monde. Il semble alors normal qu'elle fasse partie des interactions quotidiennes, quand bien même elle est douloureuse. Jusqu'à ce les expériences individuelles en dehors du schéma familial nous amène à réaliser que non, les violences subies ou dont on a été témoins, quelles qu'elles soient, ne sont pas normales, que notre regard change jusqu'à ce qu'elles deviennent inacceptables. Il peut aussi arriver que notre mauvaise ou insuffisante estime de nous-mêmes nous amène inconsciemment à tolérer l'intolérable, car nous sommes ainsi faits que mieux vaut un signe de reconnaissance négatif que pas de signe de reconnaissance du tout. Aussi incroyable, inaudible, intouchable que cela puisse paraître, et quand bien même la souffrance, l'épuisement, les blessures constituent le lot quotidien, dire non et partir implique une audace, une confiance en soi, une séparation qui peuvent sembler inaccessibles et insurmontables.


C'est quoi l'emprise ?
  1. Comment on en sort ?


C'est souvent à la suite d'un événement extérieur ou extrême que quelque chose a lieu : le geste de trop, le risque croissant sur l'intégrité physique des enfants, une opportunité qui se présente ; mais aussi une rencontre, un regard, un moment qui nous fait vivre une expérience de vie inédite, totalement différente du quotidien, qui se transforme en prise de conscience : celle de réaliser que ce que nous connaissons n'est pas la seule réalité possible, mais que d'autres formes de relations, d'interactions, de liens existent, dans le respect, la douceur, la sollicitude. La violence ne devient plus alors le seul modèle disponible. Cette prise de conscience est une rupture, car désormais dire non, refuser, résister est à notre portée. Cela ne veut pas dire qu'un miracle est apparu, et que du jour au lendemain, la situation est réglée. Il faut parfois des années pour qu'une brèche se forme. Déconstruire - au sens originel d'un processus, d'une méthode tel que conceptualisé par le philosophe français Jacques Derrida - le "système d'emprise" ou la violence normalisée exige du temps, d'abord pour le conscientiser, ensuite pour s'en défaire ou s'en déprendre. Dans une majorité des cas, notamment quand la violence a contaminé la relation de couple, il n'y a pas trente-six solutions : il faut partir et laisser l'autre, homme ou femme. Lorsque la violence est intrafamiliale, une distance s'installe au fur et à mesure de ce travail d'observation et de remise en question. Elle peut mener à une rupture définitive ou à un dialogue avec certains membres de la famille, à commencer par des questions sur ce qui motive des paroles ou des gestes violents. La philosophe allemande Hannah Arendt écrivait que la violence s'installe là où il y a un défaut de parole, là où la parole ne s'élabore pas. Peut-être que le premier geste pour s'extraire de la violence serait d'écouter sa propre parole, de lui donner une place, et de la respecter pour ce qu'elle est.


Thérapie individuelle
€100.00
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Thérapie de couple
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Sous-emprise : la violence en partage

Diane Baudry, Psychanalyse, Psychothérapie, Hypnothérapie à Paris

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