7 clichés sur la psychanalyse aujourd'hui

Si vous pensez que la psychanalyse est élitiste, qu'elle est faite uniquement pour les intellectuels, que c'est trop compliqué, que ce n'est pas fait pour vous ; qu'une psychanalyse coûte trop cher, que vous n'avez pas les moyens ; qu'une analyse dure des années, voire est sans fin (d'ailleurs, vous connaissez quelqu'un qui est en analyse depuis une quinzaine d'années, et franchement, vous ne constatez aucun changement) ; que vous allonger sur un divan, rien que l'idée vous met mal à l'aise ; que parler à quelqu'un qui reste dans le silence et ne répond jamais, cela vous agace rien que d'y penser. Bref, si vous vous retrouvez dans toutes ces appréhensions et idées reçues sur la psychanalyse aujourd'hui, cet article est fait pour vous !



Qu'est-ce que je veux dire par "cliché" ou "idée reçue" ? Je fais référence à un cadre de travail et à une pratique de la psychanalyse tels que Freud les a élaborés, et tels qu'ils ont pu être repris depuis un siècle. Cela ne veut pas dire que tous les principes de la technique analytique sont devenus désuets, qu'ils ne font plus sens, et que les psychanalystes qui exercent rigoureusement selon cette méthode sont à côté de la plaque. Mon propos ici est tout autre : il n'y a pas une psychanalyse. Il y autant de psychanalyses que de psychanalystes, et c'est toute la richesse de ce métier. Le plus important, c'est que chacune et chacun d'entre vous rencontre l'analyste avec laquelle/lequel il se sent en confiance pour dire son intimité.


J'ai toutefois constaté qu'un bon nombre d'entre vous n'ose pas franchir la porte du cabinet d'un/d'une psychanalyste, du fait de ces clichés ou idées reçues sur la pratique de la psychanalyse, qui ne sont plus représentatifs de l'exercice de la psychanalyse contemporaine. Il existe aujourd'hui des manières de travailler plus ouvertes, plus souples, plus adaptées au contexte actuel, tout en respectant le cadre de travail propre à la psychanalyse, sans quoi ce ne serait plus de la psychanalyse. Autrement dit, vous pouvez réaliser un travail psychanalytique, quand bien même vous ne faites pas trois séances par semaine.


Allons voir ces 7 clichés de plus près et ouvrons votre horizon sur la psychanalyse, telle qu'elle peut être aussi pratiquée aujourd'hui.

Cliché n°1 : la psychanalyse, c'est compliqué

Qui dit psychanalyse, dit analyse, réflexion, intelligence, voire connaissances préalables sur la psychanalyse. C'est un traitement à destination uniquement d'une certaine élite, dotée d'un certain niveau d'études, qui a déjà des notions en psychanalyse et qui, dès lors, se sent à l'aise à l'idée d'en faire une. Comme une sorte d'entre-soi, d'un réseau de privilégiés, presque d'une intelligentsia. Autrement dit, si l'analyste vous explique ce qu'est la forclusion chez Lacan, vous allez vous sentir mal à l'aise et partir en courant. Première chose : l'analyste ne va pas vous l'expliquer, tout simplement parce que cela n'aurait aucun sens, et ne vous apporterait strictement rien. Vous n'êtes pas en analyse pour recevoir un enseignement sur la théorie psychanalytique, ou tout autre enseignement d'ailleurs. Deuxième chose : la psychanalyse n'a rien à avoir avec un niveau de connaissances ou d'intelligence, au contraire ! L'idée est de se laisser aller à dire ce qui vient, ce qui est là, ce que vous ressentez, d'exprimer ce qu'il se passe pour vous, de vous écouter, de vous entendre, de laisser parler votre inconscient, ce qui fait partie de vous et que vous vous autorisez, peut-être pour la première fois de votre vie, à dire. A partir de là, séance après séance, quelque chose va se dessiner, va prendre forme, des liens vont se créer, et vous serez vous-même en mesure de faire le tri, de vous approprier des morceaux de votre histoire, de comprendre des décisions que vous avez prises et de saisir votre part de responsabilité dans ce que vous traversez pour en choisir d'autres. L'important en psychanalyse, ce n'est ni la psychanalyse, ni le psychanalyste, c'est l'analysant, c'est-à-dire vous, et ce qu'il se passe pour vous tout au long de ce travail.


Cliché n°2 : la psychanalyse, ça coûte trop cher

Ah ! La fameuse question de l'argent. A l'heure où la majorité d'entre nous est propriétaire d'un smartphone d'un montant plus ou moins égal à 500 Euros, considérer qu'une psychanalyse coûte trop chère interroge. Il me semble qu'il s'agit là d'une question de valeur, et où elle se situe pour vous. Oui, une psychanalyse a un coût et une valeur : celle que vous vous donnez à vous-même, à ce que vous vivez, à ce que vous désirez, à ce temps que vous vous accordez, à votre existence en somme (sans jeu de mots ?). Qu'est-ce que vous préféreriez vous acheter avec le montant d'une séance ? A quoi, à quel(s) achat(s) allez-vous renoncer pour financer votre analyse ? Qu'est-ce que vous n'allez plus pouvoir acheter avec cet argent que vous avez choisi de placer (d'investir ?) dans votre analyse ? Qu'est-ce que vous ne pourriez plus vous acheter avec ce qu'il vous reste, après avoir réglé vos séances ? Toutes ces questions ont l'air anodin comme cela. Elles peuvent même donner l'illusion de défendre le tarif moyen des séances de psychanalyse. Vous pouvez aussi choisir de les lire et de les entendre autrement, car elles mettent également en question votre propre rapport à l'argent, à ce que vous gagnez et à ce que vous perdez. Pas si simple cette histoire-là. L'important n'est pas le montant, certains analystes pratiquent d'ailleurs des tarifs ajustés à vos revenus, ou proposent d'autres moyens de paiement comme le troc ; c'est davantage le fait de faire, de donner votre part. Car c'est une question d'engagement et de responsabilité : pendant 30 minutes, 45 minutes, une heure, la/le psychanalyste vous reçoit dans une "hospitalité inconditionnelle" disait le philosophe français Jacques Derrida, dans une présence vivante, qui est là pour tout entendre de ce que vous lui direz, absolument tout, sans attente ni exigence, sans jugement ni demande. Elle/il est là uniquement pour vous. Et ce temps-là, ce moment-là que vous vivez, a de la valeur. J'irai jusqu'à dire qu'il n'a pas de prix. A vous de décider celui que vous désirez lui donner, personne ne pourra le faire à votre place.



Cliché n°3 : la psychanalyse, ça prend trop de temps

"J'ai pratiqué plusieurs fois la thérapie en face-à-face. C'est Nicole Garcia, elle-même très férue de psychanalyse, qui m'a mis pour la première fois sur la voie au milieu des années 1980 et qui m'a donné le nom de son propre psy. Et depuis le tournage (de la série En thérapie), pour tout vous dire, je m'y suis même remis !" Jacques Weber, comédien

Il me revient en mémoire le message d'une femme, posté sur un réseau social bien connu, qui sortait apparemment déçue d'une séance chez un psychanalyste. La pratique de celui-ci impliquait trois séances par semaine, et cette dame se trouvait bien embêtée parce qu'elle n'avait pas la possibilité de se libérer trois soirs dans la semaine. Elle était prête à s'engager dans ce travail à raison d'une séance par semaine. Ce psychanalyste, conformément à sa manière de travailler, lui avait répondu que si elle ne pouvait pas satisfaire ce cadre de trois séances par semaine, il serait bon qu'elle s'interroge sur son engagement dans cette démarche. Et elle s'adressait à un groupe de psychanalystes pour savoir de quoi il en retournait concernant la fréquence habituelle des séances en psychanalyse. Il est toujours délicat d'extraire un cas tel que celui-ci de son contexte dont nous ne savons pas grand chose. L'idée ici ne consiste pas non plus à dresser la critique de ce psychanalyste, il est dans son cadre de pratique. Nous ne savons pas non plus de quoi il en retourne de ce qu'a entendu et ressenti cette femme pendant et à l'issue de sa séance. Ce qui me semble intéressant ici, c'est cette question du temps passé en analyse, du nombre de séances par semaine, comme s'il y aurait un minimum en-dessous duquel il ne peut y avoir de psychanalyse. Et que pour certaines et certains d'entre vous, faire une psychanalyse implique forcément deux à trois séances par semaine. Bon nombre de psychanalystes travaillent à raison d'une séance par semaine, et pour autant, c'est toujours de la psychanalyse. Le processus est à l'oeuvre, la régularité y contribue, et l'expérience est différente pour chaque analysant. Peut-être qu'il se passe plus de choses avec trois séances par semaine, ou au contraire, peut-être moins. Une psychanalyse ne se mesure pas à son nombre de séances, c'est une expérience unique et singulière.


Cliché n°4 : la psychanalyse, c'est parler à quelqu'un qui ne dit rien

"Ça fait dix-sept ans que je suis en analyse ! J’ai commencé après la mort de mon beau-père, j’avais 20 ans. Cela a été un choc dont je n’arrivais pas à me remettre. Je me suis vite rendu compte que j’avais d’autres choses à explorer. J’ai fait dix ans d’une psychanalyse traditionnelle avec une même personne, puis j’ai arrêté, avant de reprendre avec une autre, la même depuis sept ans. Elle est lacanienne, mais on est dans un mode peu traditionnel : elle me parle, on échange sur divers sujets. (...) Je sens que c’est fondamental pour moi. Cela facilite énormément mes rapports aux autres. Je serais beaucoup moins entourée si elle n’était pas là ! Un psy vous permet d’épargner les autres et d’avoir une bien meilleure écoute." Camille Cottin, comédienne

Le cliché d'un visage neutre, imperturbable, qui vous regarde et de temps en temps, émet un bruit étrange : "hmmm". Puis se tait jusqu'à la fin de la séance. Et le malaise du silence s'installe, que vous tentez désespérément de rompre, sans y parvenir, vous confirmant ainsi que décidément, la psychanalyse n'est pas faite pour vous. Il est bien évident que c'est vous qui venez rencontrer un psychanalyste, donc a priori, c'est de vous dont il s'agit dans cette histoire, pas de celle du psychanalyste. Il/elle n'est pas là pour parler de lui/d'elle, encore moins pour donner son avis, ni pour parler tout court d'ailleurs. Cela ne veut pas dire que tous les psychanalystes se retranchent dans un mutisme absolu. Certaines/certains interviennent pendant la séance, à un moment par exemple où vous vivez une émotion qui vous renvoie à un souvenir que vous aviez oublié et qui fait retour, peut-être pour la première fois de votre existence. Ou pour vous faire entendre autrement ce que vous venez de dire. Il peut y avoir des échanges, des interactions avec votre psychanalyste, en fonction de ce qu'il se passe pendant la séance par exemple. Tout comme il peut aussi y avoir des temps de silence, comme des instants offerts, que vous pouvez pleinement habiter. La/le psychanalyste n'est pas là pour vous donner des réponses, il n'en sait rien de ce qui est le mieux pour vous. Il est là pour entendre ce qu'il en est de votre désir, et de vous donner toute la place pour le satisfaire.



Cliché n°5 : la psychanalyse, c'est s'allonger sur un divan

"J’ai vu une psy pendant plusieurs années, mais je n’arrivais pas à m’allonger, donc je suis restée assise face à elle. J’avais besoin de son regard, de l’échange. C’était il y a une dizaine d’années, je traversais une crise de couple, cela m’a aidée à comprendre et à aller de l’avant. Je lui suis très, très reconnaissante. » Camille, chanteuse

Qui dit psychanalyse dit divan. Pas de séance allongé(e) sur le divan, pas d'analyse à l'oeuvre. La tradition veut qu'un certain nombre de séances ait d'abord eu lieu en face à face, jusqu'à ce que le temps soit venu, pour la poursuite du travail, que l'analysant s'allonge sur le divan. Il y a pratique psychanalytique même si vous vous tenez assis(e) face à votre analyste. Tout comme il y a pratique psychanalytique lorsque vous parlez depuis le divan. La position allongée implique une certaine intimité, avec le lieu de l'analyse et avec soi-même, ainsi qu'une forme de solitude mélangée à un sentiment de liberté. Détaché(e) du regard de l'analyste, seul(e) avec vous-même, la séance est différente ; et même si vous ne le voyez pas, vous pouvez entendre votre analyste qui, comme nous l'avons vu précédemment, peut intervenir. Ce n'est pas parce que vous êtes sur le divan, et que vous sentez la présence de l'analyste à côté ou derrière vous, que la séance plonge dans le silence. Certaines et certains d'entre vous vont s'y installer presque spontanément, comme une évidence ; d'autres resteront en face-à-face ; d'autres encore y viendront à un moment de leur analyse, après quelques années. L'expérience analytique est différente.


Cliché n°6 : la psychanalyse, c'est sans fin

"Il s’agissait de ma survie. Je n’avais plus le choix. Il me fallait retrouver le désir de vivre, tout simplement. J’avais charge d’âme et j’étais dans un tel effondrement qu’il fallait une reconstruction enracinante. C’est pour ça que je n’ai pas choisi une thérapie courte mais une cure analytique longue. Je voulais aller au plus profond, au plus loin pour revenir au plus près de moi. L’analyse aide à se rapprocher de soi. On entend souvent dire que l’analyse vous change. Mais non, ça ne vous change pas, ça vous rend à vous. Vous ne devenez pas quelqu’un d’autre, c’est la personne que vous étiez avant qui était une autre. On peut avoir une sorte de désillusion pas toujours facile à vivre lorsque l’on découvre qui l’on est. On se dit : « Voilà, c’est donc moi et il va falloir vivre avec. » Mais à partir de là, on va pouvoir prendre les vraies décisions. Dire : « Je sais qui je suis et donc, j’aime ça, je n’aime pas ça, ceci me rend heureuse et cela malheureuse. » Des pans de sa vie tombent, les masques aussi. On change d’amis, il y a des gens avec qui on ne peut plus continuer, ni l’amitié ni le travail, et on accepte la perte. On apprend ce qui est bon pour soi. C’est fou ce que l’on peut s’habituer à vivre ce qui n’est pas bon pour soi !" Isabelle Adjani, actrice

C'est bien connu, une psychanalyse dure des années et des années, jusqu'à plus de vingt ans, c'est sans fin. A quel moment s'arrête une analyse ? Est-ce qu'une analyse a véritablement une fin ? Et qui décide quand c'est fini ? Une psychanalyse qui a "fonctionné" doit forcément durer plusieurs années, minimum cinq ans, sinon ce n'est pas une analyse ? Il n'y a pas de durée type ou standard d'une psychanalyse. Certaines et certains d'entre vous vont travailler pendant un an ou trois ans en analyse ; d'autres pendant dix ans avec le même analyste ou en changer une ou plusieurs fois ; d'autres encore y restent toute leur vie. Ce n'est pas l'analyste qui décide du terme de votre analyse : c'est vous, parfois sans vous en rendre compte sur le moment, ou c'est la relation avec votre analyste, ou cet instant précis de la cure qui vous fait sentir que vous êtes parvenu(e) au terme de votre traversée. Certaines/certains, quelques années plus tard, pour des raisons différentes, ouvrent à nouveau la porte d'un cabinet d'analyse, le même ou un autre, et écrivent un nouveau chapitre de leur travail psychanalytique et de leur existence. Tout dépend de votre démarche, de ce que vous venez y chercher et de ce que vous y trouvez, de ce que vous y éprouvez, de ce que vous y réalisez et de ce que vous voulez en faire, ou pas.



Cliché n°7 : j'ai vécu une première expérience catastrophique, très peu pour moi

"Mon premier psychanalyste était un génie. Il s'appelait Bouvier Robert. J'avais 17 ans, je lui ai raconté mes premiers émois sexuels. "J'ai accédé à la pénétration, c'était chaud et c'était doux." Et il lance, pour seule réponse : " Ben oui, c'est mieux que dans le sable !" Fabrice Luchini, comédien

Il arrive que certaines et certains se soient (enfin) autorisés à aller voir un/une psychanalyste et là, catastrophe ! Une séance de malaise, de silence, d'inconfort, dans une pièce qui croule sous les livres, un papier peint du siècle dernier et un divan assorti, face à un/une analyste qui vous indispose ou vous impressionne, et tout ce qui était là, au bord de vos lèvres et de vos yeux, se retrouvent ravalé à jamais. Ou encore, quand en retour du courage qu'il vous a fallu pour parler de vous, de votre intimité et de votre souffrance, l'analyste vous donne en retour son opinion, son avis sur votre cas, et vous renvoie à ce que vous avez toujours connu : le refus (ou le déni) d'être entendu et accueilli tel que vous êtes. Et malheureusement, contre toute déontologie et respect de la pratique psychanalytique, cela arrive. Et quand enfin les 45 minutes sont passées, vous prenez vos jambes à votre cou. Plus jamais ça ! Au-delà de se demander ce qui fait que votre inconscient vous a amené à choisir précisément la/le psychanalyste qui, comme par hasard, a eu une réaction identique à celle, par exemple, de vos parents, cette première expérience n'est pas représentative de tout ce qui peut être vécu en psychanalyse. Vous avez le droit de changer d'analyste parce que vous ne vous êtes pas senti(e) à l'aise avec celle/celui que vous avez rencontré(e) la première fois. La bonne nouvelle, c'est que tous les psychanalystes sont différents, et que parmi eux, il y a la/le vôtre.





16 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout