L'histoire du loup devenu Lou

C'est l'histoire du loup devenu Lou. C'est l'histoire d'un monstre fantôme des nuits, transformé en amour, l'amour d'un enfant né du loup. C'est l'histoire de Lou.


Cette histoire, racontée par Anne Dufourmantelle dans En cas d'amour - Psychopathologie de la vie amoureuse, m'a particulièrement touchée parce qu'elle symbolise pour moi toute la beauté et la richesse d'une psychothérapie, une ouverture à soi, un oui à la vie. Cette histoire est vraie, c'est celle d'Elise, et peut-être sera-t-elle la vôtre demain.


" Il était une fois une petite fille de 10 ans qui avait l'air tout à fait heureuse. Elle était jolie et vive. (...) Elle aimait danser et dessiner, peindre, compter et lire. Aux fenêtres de sa chambre étaient accrochés des messages en forme de guirlandes qui disaient en substance : attention au loup !

" Il était une fois une petite fille de 10 ans qui avait l'air tout à fait heureuse. Elle était jolie et vive. (...) Elle aimait danser et dessiner, peindre, compter et lire. Aux fenêtres de sa chambre étaient accrochés des messages en forme de guirlandes qui disaient en substance : attention au loup !

Le loup était ce drôle d'animal qui la terrorisait depuis toute petite, caché derrière le rideau de la chambre ou dans l'épais feuillage du jardin, et qu'elle tenait en respect avec ces petits papiers entrelacés et collés aux vitres, elle exigeait aussi de la lumière dans sa chambre toute la nuit et des pensées joyeuses pour lui tenir compagnie. (...) Jamais elle n'avait parlé de cette peur à quiconque, cela faisait partie de son pacte avec lui : le loup, tu ne t'approches pas et moi je ne parle pas de toi.


Hormis cela, elle était gaie, avait des amis (beaucoup) (...) et deux parents qui se disputaient tout le temps. Non, pis, qui s'aimaient, se haïssaient sans répit, ne se parlant qu'à travers elle et la prenant pour témoin au téléphone et dans la rue, partout en fait dès qu'ils étaient malheureux (souvent) du tort que l'autre leur faisait."


"La petite fille est charmante, on la trouve magique. Ses parents se félicitent. (...) Mais elle a bien retenu cela, que l'amour c'est la guerre. De sa naissance à l'âge de 10 ans, elle n'a connu que des nuits de disputes, ou presque. La violence dans les mots, le mépris, le chantage, l'intimidation. Des querelles et des retrouvailles, des vacances au bonheur fugitif quand la tension du quotidien s'apaisait, avant que la fureur jalouse de la mère ne repense. Elise n'a peur de rien, que du loup.


Quand ses parents se séparèrent, ce fut le soulagement. Brusquement, dans la maison, plus de cris. Mais très vite le silence qui les remplaça fut pire. La mère pleurait le soir, et le loup guettait, caché entre les rideaux et la fenêtre.


A 20 ans, elle était une brillante étudiante en architecture. Très jeune, elle s'était installée avec un ami et tout aussi rapidement ils avaient décidé de faire un enfant. (...) Pas de conflit dans ce couple d'une sagesse presque inquiétante, déjà un peu d'ennui et beaucoup de tendresse, d'attentions réciproques. Elle ne supportait toujours pas le noir et camouflait son angoisse en s'endormant très tard, le plus tard possible. C'est après sa 2ème fausse couche, plongée dans une affliction extrême, qu'elle décida de commencer une analyse."


Elise, "cette femme brillante, séduisante, capable d'une grande concentration et d'un travail phénoménal, travaillant tout en étudiant, alignant les défis, se tenait face à" la psychanalyste "comme on fait face au monstre. Le monstre des histoires qu'on vous lit le soir.

Elise, "cette femme brillante, séduisante, capable d'une grande concentration et d'un travail phénoménal, travaillant tout en étudiant, alignant les défis, se tenait face à" la psychanalyste "comme on fait face au monstre. Le monstre des histoires qu'on vous lit le soir. Elle avait l'impression qu'elle était fragile comme du verre, que l'enfant abandonné s'était construit une armure en acier avec de longues lames affûtées et une vision à large spectre. Surveillant les alentours. Pour qui viendrait la surprendre. Et surtout dans le noir. C'est toute cette armure qui risquerait de se fracasser d'un coup, soufflée comme du verre dans une explosion, qu'elle retient dans son silence. Elle parle comme s'il ne s'agissait pas d'elle-même (...) mais tellement aux aguets que c'en est épuisant."


"Elise n'arrive pas à" parler de ses fausses couches, de "ces foetus qui n'ont pas vécu" et dont elle "pense qu'ils viennent de cette monstrueuse souffrance qui, enfant, lui faisait demander à la Sainte Vierge de la délivrer de leurs cris, des disputes et des larmes, de leur mauvaise foi sans limites, leurs réconciliations si fragiles avant la prochaine crise. (...) Alors comment donner la vie, la garder en elle 9 mois, en confiance ?"


La psychanalyste lui raconte des histoires, "les histoires qu'elle n'avait pas eu le temps d'écouter enfant, occupée qu'elle était à se cacher sous les draps en attendant que ça finisse. (...) Elise s'apaise, elle ne cherche plus à tout prix à comprendre, à poser son angoisse dans de petites cases colorées sur des plans millimétrés. Elle commence à entrer dans la danse des mots d'enfants, ces paroles des contes qui ont un pouvoir de métamorphose très ancien."


"Un jour Elise lui rapporte un rêve. C'est un bébé qu'elle tient par la main, il est malade, ses jambes sont gelées et le froid gagne son corps, elle pense qu'elle ne pourra pas le sauver, elle le confie à une autre mère et s'en va, elle se perd dans le noir, elle va dans la maison de ses grands-parents maternels, elle sort dans le jardin, il fait jour tout à coup et, là, elle retrouve les ciseaux qu'elle a perdus il y a longtemps

"Un jour Elise lui rapporte un rêve. C'est un bébé qu'elle tient par la main, il est malade, ses jambes sont gelées et le froid gagne son corps, elle pense qu'elle ne pourra pas le sauver, elle le confie à une autre mère et s'en va, elle se perd dans le noir, elle va dans la maison de ses grands-parents maternels, elle sort dans le jardin, il fait jour tout à coup et, là, elle retrouve les ciseaux qu'elle a perdus il y a longtemps (dans la réalité c'était la veille, elle s'était énervée toute une soirée à chercher son cutter), elle les prend et se coupe, du sang jaillit, elle frotte sa main avec de la terre et le sang s'arrête, elle se dit alors que ce sont des ciseaux magiques, qu'elle les avait oubliés et les avait pris négligemment alors qu'il fallait les manier avec une extrême précaution car, avec eux en main, il ne pourrait plus rien lui arriver, elle avait une arme magique.


Elle dit ne rien comprendre à ce rêve, seulement il lui rappelait la maison de ses grands-parents chez qui elle vivait dans un havre de paix, pendant un mois par an, car ils habitaient loin, hors de toute haine. Ils étaient morts tous deux dans un accident de voiture lorsqu'elle avait 14 ans, et la soudaineté de cette disparition autant que son incohérente brutalité avaient mis fin à la douceur de ces étés. La maison avait été vendue. Elise se demande pourquoi là aussi il avait fallu une mort violente à ces êtres qu'elle avait toujours perçus du côté de la douceur et de la générosité. (...) La psychanalyste suggéra que le bébé du rêve, ce devait être elle, une partie de son être qu'elle remettait entre les mains de ses grands-parents, c'est-à-dire psychiquement dans un lieu préservé, protégé de toute attaque. La mort accidentelle de ses grands-parents était-elle à verser en dernière instance à cette violence qui traversait la famille depuis toujours, sorte de guerre intime qui venait saper toute tentative de vivre à l'abri, dans une relative harmonie ? Le bébé venait lui dire que, même en danger, il était tout de même représentable et vivant, et qu'elle, Elise, pouvait miser sur les forces de vie qui l'habitaient ?"


"Elise au contact de ce rêve se réchauffe. Elle a accepté de laisser entrer dans les séances la petite fille terrorisée par le loup et donc, le loup lui-même.  Ce loup était à lui seul toutes les disputes, toutes les violences. Tapi dans l'ombre, il la guettait dans le noir. Elle n'avait le droit ni d'être triste, ni de faillir, ni de pleurer, il lui fallait être coûte que coûte une petite fille très jolie et très gaie, et tenir en respect l'animal toutes les nuits.

"Elise au contact de ce rêve se réchauffe. Elle a accepté de laisser entrer dans les séances la petite fille terrorisée par le loup et donc, le loup lui-même.

Ce loup était à lui seul toutes les disputes, toutes les violences.

Tapi dans l'ombre, il la guettait dans le noir. Elle n'avait le droit ni d'être triste, ni de faillir, ni de pleurer, il lui fallait être coûte que coûte une petite fille très jolie et très gaie, et tenir en respect l'animal toutes les nuits.


Dans la chambre claire de l'analyste, elle est allée au-devant du loup ; elle est devenue (enfin) un peu triste. Elle a parlé de ses nuits d'insomnie, de sa détresse et de sa peur, elle a déposé là toute cette horreur et sa panique que l'enfant tant espéré soit soumis à la même violence. Dévoré tout cru.


Puis elle est tombée enceinte. Ce fut une petite fille. Elle l'appela Lou. Et très peu de personnes autour d'elles surent ce que ce prénom portait de victoire sur la violence"

Puis elle est tombée enceinte. Ce fut une petite fille. Elle l'appela Lou. Et très peu de personnes autour d'elles surent ce que ce prénom portait de victoire sur la violence"

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